L'Ode au roman-poétique - Le Graal de la Liberté de Paul Clodel Cochard -Ebooks//974- Episode 1-
Essai roman-poétique
Ebooks//974
AVERTISSEMENT
Cet essai roman-poétique est une œuvre fictive à caractère de réflexion.
Cependant l’œuvre est basée sur la pure fiction à des événements réels.
Cet essai n'a pas de vocation à des pensées religieuses et ni de sectes.
Ce livre n'a pas aussi de dessein d'être historique, il reste même virtuel.
Certains écrivains utilisent la forme des mémoires pour créer un roman de fiction. Ainsi, dans ‘‘Le Graal de la Servitude’’, Zangiba imagine, le poète Charles Marie Leconte de Lisle, entreprenant de rédiger ses mémoires à l'approche de sa mort. Cette forme, propice à l'introspection, lui permet de faire entendre la voix intérieure du poète ainsi de découvrir sa vie privée vue par l’esclave. Mais à la mort de Zangiba il surgit un fait nouveau : les mémoires de l’âme.
Textes et illustrations : Paul Clodel Cochard
Ebooks//974 Ass.Paul Clodel A.P.C. © 2024
L'Ode au roman-poétique
''Le Graal de la Liberté''
Vers le Roman-Poétique
Dans une époque moderne telle que la nôtre, en l’an 2024, on est en droit de se poser des questions sur les innovations dans le domaine romanesque. Si certains lecteurs pensent que le genre romanesque s’épuise c’est qu’ils n’ont pas vraiment torts. La pléthore habituelle de romans est presque souvent raconté dans un genre de style traditionnel.
Avec le néo-roman, le roman n’est pas mort ; il est réinventé ou bien innové de nouveauté. Cependant le roman reste et restera, un plaisir de lire. C’est aussi un plaisir d’écrire sa vie intime ou privée ou bien même des aventures. Il reste que, le roman est aux élites romanciers et que ces derniers n’ont plus aucune envie de changer leur style, leur genre et encore moins de tout changer, pour la simple raison, ils ont du succès !
De nos jours, être un innovateur dans le roman, c’est d’être un peu prétentieux ou bien n’être qu’un inconnu qui cherche à se faire un nom, et avant même de publier une œuvre. Il est vrai qu’aujourd’hui, l’audace ne peut être considérée comme une qualité et dans un registre moderne, on peut se poser la question suivante : pourquoi pas le néo-roman ?
Et si le néo-roman est une incapacité à écrire un vrai roman traditionnel ?
Il est concevable que le néo-roman est une innovation comme la technique picturale mais il reste de l’ordre expérimental. Cependant, on pourrait penser que les innovateurs ont eux même une grande place à prendre dans ce milieu romanesque artistique.
Est-il préférable d’écrire un essai, qu’un roman ? De surcroît, si vous avez des professions : philologues, sémiologues, mémorialistes et qui nécessitent un loisir d’écrire, alors l’essai au lieu du roman, est une solution.
On est loin de « L’œuvre » d’Émile Zola, qui non seulement dénonce le mal social mais en plus, n’est qu’un défenseur des impressionnistes ; pour ne pas rajouter d’être un détracteur et bien entendu, si on fait allusion à un Claude Lantier en un Paul Cézanne ! Puis Balzac, qui était imprimeur et défenseur du livre ! Flaubert était le défenseur de la littérature et tout comme Maupassant et Victor Hugo, ne scintillent-ils pas (surtout chez Hugo) par leur innovation romanesque et poétique. De même les parnassiens, comme Charles Leconte de Lisle, poète originaire de l’Île de la Réunion. Avec Lacaussade comment ne pas les décrire dans ce roman-poétique. Les abolitionnistes :Leconte de Lisle, Lacaussade et Schoelcher sont dans ce livre les héros. L’histoire de Bamboula est fictive mais elle est basée sur des faits historiques.
Depuis 1929, le roman poétique est un mouvement...
Cette deuxième livraison du « néo-» roman-poétique mérite l’attention à plus d’un titre. « D’abord, parce qu’à travers la formulation ambivalente de « roman poétique », elle permet de saisir dans l’histoire des Lettres belges le passage du fantastique réel, introduit par Picard et repris à son compte par Hellens, au réalisme magique, dont Poulet se revendiquera explicitement dans les années 1930, sans d’ailleurs modifier sensiblement les positions qu’il avait développé en 1929 à propos du roman poétique ».
(extrait de textyles.revues)
Est-ce le Roman-Poétique de Paul Clodel Cochard, ne conviendrait-il pas de révolutionner le genre littéraire romanesque ? Soit, en revenant à un contenu qui interpelle, le genre de l’Odyssée ou de l’Enéide?
Après tout, voilà un livre dans lequel il raconte de façon fictive, les Mémoires d’un esclave poète, Zangiba, tout en vers réguliers, en structure du texte en alexandrin (12 syllabes) et en son fameux « hexadécasyllabe » (16 syllabes). Paul Clodel respecte le rythme, la coupe et bien-sur la rime. De ce fait il donne à la poésie une lecture suivie, comme à celle du roman au déroulement de son histoire d’aventure. De même la Philosophie poétique est à sa comble dans cette Édition inédites intitulée : L’Ode au roman-poétique.
L’équipe A.P.C. (Ass.Paul Clodel)
L'Ode aux dédicaces poétiques
Je dédie "L’Ode au roman-poétique", livre en vers,
A l’esclavage partisan des mémoires poétiques.
L’ode des mots fictifs provenait des rayons de l’univers ;
Jadis par ses vers et syllabes au vrai sens artistique.
A l’ombre de ma vie d’artiste-peintre, j’écris cet essai
Sur un domaine historique du destin d’un esclave.
L’ode que j’ai au cœur reste écrit et non lue, désormais
Elle sera lue et comprise par vous lecteurs, sans l’enclave
De ce combat abolitionniste dans le monde entier.
L’esclavage était le vol d’un peuple faible d'Afrique !
Aux Comores, à Madagascar parce qu’il est né bronzé
Et païen qu’il doit à la société des créoles. Puisque
Nous serons point libre, "le Code Noir" par un roi fut osé !
Nous vivrons sous l’influence des plus forts de notre peuple.
Vivrons-nous, le jour, la main attachée pour faire leurs devoirs !
Cette servitude nous entraîne tous vers le bien-meuble.
Nous en demandons rien de plus que de libérer l’espoir.
C’est cette raison qui m’a poussée d’écrire ces mémoires.
Aux peuples qui ont tous des mauvaises conditions humaines ;
A Dieu, nous écoutant, réfléchissons à changer l’Histoire.
Nous pourrons être défenseur d’un vrai combat sans rébellion.
Nous aussi, nous pouvons tous réfléchir sur notre destinée.
Si la religion a voulu nous réunir en RÉUNION
Comportons-nous en peuple réuni : l’Ode au cœur destinée.
Charles Leconte de LIsle 1818-1894
A nos aïeux réunionnais esclaves, aux libérateurs,
A Charles Leconte de Lisle, aux lueurs des poètes
Qui se sont dévoués pour l’abolitionnisme des auteurs.
Je dédie ce roman-poétique aux peuples poètes...
PRÉFACE
" Cet essai de roman-poétique est une création purement fictive à une visée réflexive. Bien qu'il soit inspiré d'événements réels, cette œuvre est le fruit de l'imagination de l'auteur. Dépourvu de toute orientation religieuse ou partisane, ce livre s'appuie sur un fondement historique, bien que sa fictionnalisation soit nécessaire pour les besoins de l'histoire. Laissez-vous emporter par cette exploration fictive où la réalité et l'imagination se rencontrent dans un cadre historique. "
Dans cet essai romanesque d'une rare audace, Paul Clodel Cochard nous plonge dans l'univers poétique d'un abolitionniste réunionnais, Charles Leconte Delisle. L'œuvre se présente comme une biographie fictive, offrant une incursion fascinante dans l'âme et le vécu d’un poète fictif au nom de Zangiba.
Ce livre transcende les limites des genres littéraires en mariant la prose à la poésie, réinventant ainsi le roman. L'auteur manie avec maestria l'alexandrin et l'hexadécasyllabe, offrant une symphonie de mots, de rythmes et de rimes qui captivent le lecteur. Cette structure poétique, loin d'être un simple exercice, donne à l'œuvre une dynamique narrative fluide et envoûtante, évoquant les récits épiques de l'Antiquité.
L'essai ne se contente pas de déployer des vers sublimes, il explore également une philosophie poétique saisissante. Il aborde les thèmes universels de la liberté, de la quête de soi et de la condition humaine, invitant le lecteur à une réflexion profonde.
Le Graal de la Liberté, est bien plus qu'un simple livre ; c'est une expérience littéraire qui révolutionne la manière d'appréhender la poésie et le roman. Plongez-vous dans ces pages où la puissance des mots transcende le temps et l'espace, pour une aventure littéraire inoubliable.
A.P.C.
Zangiba à Zanzibar en Afrique.
1.
Mon pays Zanzibar, Afrique 1824
En cette ère lointaine, la terre de Zanzibar, empreinte de sagesses ancestrales et enveloppée de mystères africains, absorbait les réminiscences incertaines du temps passé. Mes pensées erraient entre les lignes, cherchant à capturer l'essence même de mon être, naviguant au gré des vers dans les méandres des quêtes poétiques. Les mots parnassiens inscrivent dans mes strophes l'existence d'un poète assujetti.
Chaque jour, le soleil se mirait dans les eaux, tissant une union éblouissante entre le firmament et l'océan. Zanzibar, ma bien-aimée patrie, étincelait telle une gemme océanique, imprégnée de reflets azurés. Chaque aurore ranimait le lien intime avec mes racines, imprimant dans mon âme cette douleur persistante. Mes souvenirs s'entrelaçaient dans les quêtes poétiques, tentant de capturer l'essence même de mon être, inscrite dans mes vers par la plume du poète, forgée par le labeur de l'esclave africain que la capture m'a fait devenir. Cet ardu labeur me consumait, mais la robustesse de ces ancêtres possédait un charme fascinant, propice à des rencontres empreintes de savoir. Restent ancrés en moi ces souvenirs d’Afrique, déployant les chapitres de mon existence. Au creux de mon existence, dans l'obscurité taciturne, naquit un soir une décision intime, m'éloignant de Zanzibar, terre de mes premiers souvenirs. Embrassant une aventure dont la jeunesse ignorait la teneur, je m'engageai sur une voie où la capture se mua en indignation. Les vagues, complices chaleureuses, offraient leurs plaisirs au rythme des marées, m'éloignant des contrées imaginées. Émerveillé par les astres constellant le ciel nocturne, je m'élançais, harmonisant mes pas avec mes aspirations les plus profondes. Les rochers, éclairés par la lumière des étoiles, résonnaient sous mes pas, libérant un bonheur essentiel.
Mes yeux, apaisés par une humble sérénité, se tournaient vers la plage, délivrés et solitaires. Comblé par cette aventure sensorielle, imprégné par la nature, je goûtais à une félicité exempte de souci, insensible au reste du monde. La mer, au goût salé, revêtait son manteau bleuté dans l'obscurité. En m'y plongeant, je nageais paisiblement, prêt à me laisser bercer par les étoiles dans le doux sommeil.
Enfin, porté par les flots, je m'allongeais, libre et révélé. À ma grande surprise, une vague s'abattit sur mon visage, me tirant brusquement de mes rêveries vagues et indistinctes. Pourtant, cette nuit était splendide sur cette plage déserte. Il y avait aucun bruit, hormis celui des vaguelettes de la mer. Personne ne m'aurait fait quitter mon bivouac, tellement que je me sentais libre et heureux. Allongé sur ce rivage de sable rouge chauffé par le soleil, je m'abandonnais au plaisir d'un bain rafraîchissant. Je sentais chaque goutte sur ma peau, empreinte de la teinte de l'Afrique. Épuisé, je me laissais bercer, dans un état quasi angélique, par des rêves merveilleux. Néanmoins, une pensée sombre, presque diabolique, me tourmentait. Elle me susurrait de ne plus retourner vers les miens. Cette idée immonde me nouait l'estomac. Je songeais sérieusement à m'écouter et à choisir l'exil.
Sous le ciel étoilé, se croyant seul sur cette terre bénie, prêt à hisser les voiles, j'ai finalement opté pour le retour à mon village. Ma vie familiale me manquait, loin d'elle, je me sentais désemparé. Bien que je m'étais répété que mon hameau n'abritait plus rien pour moi, à part mes dessins rupestres et que l’aventure était ma propre conviction. Je ne m'étais guère écouté en prenant cette décision initiale. J'avais prêté l'oreille aux paroles du chef, puis à ma propre réflexion, et j'avais choisi mes paroles. Ma fuite s'était imposée parce que ma honte face aux leurs était trop grande.
Après avoir clarifié mes intentions, le désir de fuir s'est vite estompé. Ma promesse perfide, fruit d'un projet ambitieux mais pesant, perdait de son allure. Ma course se raccourcissait, me ramenant sur le chemin du retour.
Déterminé à revenir par la plage au sable rouge, un doute naissait dans mon esprit. Il me poussait à rejeter ma pensée jalouse, cette voix intérieure sournoise. Elle me poussait loin de moi-même, applaudissant ma peur. Soudainement, l'ombre d'une ironie m'envahit et je fis demi-tour avec l'idée de rentrer au village pour me nourrir.
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Au loin, le son d'un tambour me fit frissonner, son rythme était vibrant. Cette mélodie suscitait une profonde émotion. Elle provenait de l’autre côte du rivage. M'entraînait-elle vers un village rival, qui nous décriait par maintes anecdotes ? M'obligeait-elle à craindre cet affront imminent ? Des questions que seule ma grande curiosité allait me répondre.
Caché derrière un rocher, j'eus une vision fugace de ma mère échangeant des mots avec le chef du village de Maloya. Cette hallucination éveilla en moi toutes les craintes et les sombres amertumes qui habitaient mes peurs les plus profondes.
Ce chef de bourgade, nos idées paraissaient fades, incolores. Ma pensée, en son tumulte, avait sombré dans la folie, égarée par cette mélodie qui, pourtant, me séduisait avec sagesse, ravivant ma naïveté juvénile. Le son, de plus en plus vibrant, transperçait mes tympans. On eût dit une incantation, un hymne propre au Maloya, mais c'était une révélation, une émanation artistique, née des instruments d'Afrique, une douceur féerique. Cette rencontre musicale dévia ma trajectoire, m'entraînant vers le chant envoûtant de cette mélodie. Emporté par cette symphonie, je perdais peu à peu la tête.
Arrivant près d'eux, je me sentais honteux, guettant secrètement derrière un talus de roches, avançant en conquérant d'un nouveau monde rythmique et déchaîné. J'apprenais d'eux quelque chose de totalement inédit, leur danse effrénée autour du feu, des guerriers de Maloya, vouant une sorte d'incantation au sorcier. Soudain, une crainte surgit, la peur de leur virtuosité musicale, car leurs chants semblaient être des prières, une vertu osée. Quel était donc ce malheur qui ensorcelait mon cœur ainsi ?
Ma mère, dans nos discussions, m'avait prévenu que les habitants de ce bourg dit Maloya étaient touchés par une folie, qu'ils étaient excentriques. Ce n'était qu'un prétendu village ! Ils forçaient la raison à répondre à l'appel du tambour. Soudain, un frisson glacé me parcourut la peau. Le guerrier, en rythme avec son instrument mystique, un tambour sacré, enchantait le hameau. Le tambour résonnait de plus en plus fort, ses vibrations créant une mélodie ensorcelante, une prière qui enflammait mon âme. Je tombais sous le charme de cette incantation envoûtante.
Dans mon village natal, Zanzibar, notre communauté s'adonnait à la prière pour Dii Mauri¹, autour d'un feu qui embrasait nos âmes, dans la pure beauté des paroles poétiques inspirées par les divinités et les esprits bienveillants. Le Maloya, quant à lui, était une célébration de la vie, une exubérance déchaînée. Leurs prières au sorcier prenaient des airs de féerie, un véritable enchantement.
Caché derrière les rochers, je me laissais emporter par les mélodies envoûtantes qui émanaient de leurs chants. Ils étaient là, près des brasiers, leurs visages rayonnants de fierté. Leurs corps, agités par la danse, suivaient les rythmes de cette prière particulière. C'était comme un cri de colère dans une nuit éphémère, une exclamation de vie qui embrasait le moment.
¹Dii Mauri (Dieu Maures d'Afrique)
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2.
Les captifs
Mon esprit, pourtant encore confus, percevait l'aspect louche de la situation. Je me relevais péniblement, la peau écorchée, pour découvrir un être émanant des profondeurs des broussailles, sa peau blanche comme l'écume des vagues. D'une main experte, il m'attacha à une branche d'arbre, réduisant mes mouvements à néant. Mon regard anxieux se tourna vers une troupe d'hommes, surgissant des flots, avançant vers le village de Maloya. Ils étaient arrivés silencieusement, à bord de barques furtives, déterminés à nous capturer, nous considérant comme des appâts vulnérables.
Ils avaient pris position et nous avaient attaqués avec une féroce surprise. Les bruits provenant de leurs armes résonnaient comme un sinistre présage. Ils abattirent les guerriers qui se dressaient en défense, capturant ceux qui semblaient les plus séduisants parmi nous, dans une perfide trahison. Ligoté, je hurlais ma frustration sur la plage, regardant la mort avancer inexorablement, telle une vague implacable, récitant sa poésie funeste à titre posthume :
" Tes yeux, étincelants de lumière au village,
Sont désormais prisonniers, alourdis par des liens.
Qu'advient-il de toi ? Tu subis une offense sauvage,
Leurs mains pâles te projettent contre ces chemins.
Oh, ils représentent la faucheuse, prenant ton souffle !
Cette peur martèle ton cœur avec insistance.
Tu sens à peine ton corps, ton esprit s'émousse,
Fuir n'est plus ton désir, tu ploies sous l'existence.
Regrettes-tu déjà ta curiosité insolente ?
Face à un destin imprégné de cruauté,
Je te ferrai poète vers ta destiné. "
La première troupe de guerriers de Maloya, bien qu'initialement fière et vaillante, fut vite mise en déroute. Un coup de fouet cruel assagi l'un des leurs. Ils me détachèrent des rochers pour me traîner de force jusqu'au rivage. L'un après l'autre, sans répit, ils nous attachèrent à un poteau, préparant leur butin. Les vivres furent embarquées, et nous montâmes à contrecœur à bord de leurs sinistres embarcations. Nous étions désormais leurs prisonniers, condamnés à suivre notre sombre destinée. Puis, soudainement, ils mirent le feu au hameau, réduisant en cendre le village qui avait été leur foyer.
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Nous voguions malgré nous sur cette frêle embarcation, ballottés par les caprices de la mer. Je me retrouvais seul, à partager le sort de mes compagnons d’infortune avec un homme au regard sévère, dont l'autorité semblait dicter notre destin. Par petits groupes, nous restions liés par le poids des chaînes, unis par notre sort commun, prisonniers d'une mer impitoyable. Soudain, l'un d'entre nous, dans un acte de désespoir, sauta par-dessus bord, cherchant une issue à notre tourment. Pour ramener le calme parmi nous, l'individu qui nous surveillait n'hésita pas à user du fouet, ses lanières sifflant dans l'air salin. Les cordes se resserrèrent en pleine mer, emprisonnant le fugitif, qui se débattit en vain. L'homme qui avait échappé à la barque avait involontairement causé la douleur de l'autre, retenu dans les eaux tourmentées. Le rameur, ayant cessé son effort, commença à nous donner des ordres.
"Montez le fugitif à bord !" commanda t-il d'une voix impérieuse," et attachez solidement le corps de l'homme noyé qui nous menace."
Je n'avais jamais senti la mort si proche, si cruelle. Un sabre trancha brutalement le bras du malheureux, puis le privant de toute envie. Ils jetèrent son corps sans vie à la mer, son sang se mêlant aux eaux salées. Le ciel, témoin silencieux, ne s'émoussait guère du drame qui se jouait sous ses yeux. Quelle race d'individus cruels étaient-ils donc ? Leur froideur n'avait d'égale que leur amertume, et leur blancheur les avait rendus impitoyables. Je les observais, droit dans les yeux, essayant de percer le mystère de leur âme dénuée de compassion. Qu'étaient-ils donc, ces êtres odieux ?
L’embarquement
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J'étais devenu leur captif, condamné à ne plus jamais fouler le rivage de mon village bien-aimé. Je me laissais emporter par ces êtres cruels, soumis à leurs incessantes humiliations. Oh, comme j'aurais donné cher pour retrouver le sol de mon village !
Nous approchions d'un navire imposant, et l'on nous ordonna de sauter sur des cordages. Ils nous hissèrent à bord, les uns après les autres, de force, transformant des hommes libres en esclaves. Nous étions désormais leurs prisonniers, soumis à leur volonté implacable. Les hommes, mus par les coups de fouet, obéissaient aux moindres de leurs exigences. Notre sort était scellé, nos désirs réduits au silence. La fatigue s'emparait de nous alors que nous pliions sous le poids de nos chaînes. Le sommeil m'envahit, et je me déplaçai parmi les ombres de mes compagnons d'infortune, tous entravés et résignés. Les chaînes cliquetaient en un sinistre rythme alors que nous étions conduits en un endroit intime du navire. Assis à l'avant, j'étais épuisé, en proie au sommeil. L'aube pointait à l'horizon, une lueur de Dii¹. Le soleil commençait à percer les ténèbres. En ce moment d'éveil, je priai pour que sa lumière éclaire notre destin incertain. Pendant ce temps, femmes et enfants étaient regroupés à l'arrière du navire, isolés dans leur propre désespoir.
Les femmes africaines, malgré les tourments qui s'abattaient sur nous, demeuraient fières. Les hommes, quant à eux, avaient été relégués dans les entrailles obscures du navire, dépouillés de leur dignité. Jamais auparavant, un lever de soleil ne m'avait inspiré autant de tristesse. J'assistais à cette aurore avec un cœur alourdi par la petitesse de notre condition. Notre navire avait pris le large, gagnant en vitesse à chaque instant. Mon âme était plongée dans une tristesse profonde. Dii, douce lumière du matin, cette souffrance m'emplissait d'amertume. Mon âme se mourait en ce jour naissant, nous étions attachés, mains et pieds liés, devenus le butin des marins.
"Éclaire-nous, Dii, de ta braise, étincelante, brûlante.
Brûle-nous, Dii, par tes brasiers, ta force concomitante.
Et il me restait à prier pour une force d’espérance".
En bas, dans les ténèbres oppressantes, aucun mot franchissait nos lèvres, nous nous observions en silence. J'étais étendu au sol, ma peau nue en contact brutal avec le bois rugueux du plancher. La peur m'étreignait, mais mon courage, bien qu'insuffisant, m'offrait une lueur d'espoir. Je faisais la connaissance de ces étrangers qui se tenaient tout autour de moi. Leurs regards étaient empreints de méfiance à mon égard. Nos tribus étaient en conflit depuis des générations, et le sort ne m'avait guère souri.
Esseulé parmi mes frères ennemis qui me regardaient.
Dii ne m’abandonne pas, même dans ces moments difficiles.
Dans ce trou noir aux abîmes aux forces des hommes armés
Nous savions déjà que notre destin ne sera pas facile.
Les cris n’étaient plus utiles ni même les haines de tribus.
Devant une vie volée. La seule arme était notre courage.
Nous nous regardions tous sans désirer mettre des attributs.
Certains de Maloya causaient leur dialecte du village.
Sans doute pour se reconnaître et savoir qui sont présents.
J’entendais aucun dialecte de Zanzibar, mon village.
J’ai eu ma punition de ma tribu un sort si malveillant
Qui touchait mon cœur et mon corps par une peur me faisant rage.
Enfermé dans le ventre d’un bateau un sortilège de plus.
Si j’avais écouté mère je ne serai pas un esclave.
Le lien de cordage qui me reliait à un inconnu
Était un présent spirituel. Il me restait d’être sage.
3.
La traversée
Je me torturais l'esprit en quête d'une issue pour regagner la terre ferme, mais aucun moment de répit ne se profilait, ils nous contraignaient au silence. Prêts à manier les avirons dès que le vent jouerait en notre défaveur, nous étions descendus dans les entrailles du navire, où ils nous avaient installés, attachés aux rames.
Ce matin-là, la brise semblait paresseuse, mais eux ne perdaient pas de temps à nous mettre au travail, leur hâte se manifestant par des coups de fouet cinglants.
Jamais je n'avais tant peiné. Jeune et vigoureux, je me découvrais endurant, une silhouette se détachant sous les rayons du soleil, oscillant avec grâce au rythme des eaux bleues de l'océan Indien. Ils croyaient en leurs talismans, pensant qu'ils avaient réussi à asservir l'Africain. Adieu terre rouge, adieu famille, je ne soupçonnais guère ce que l'avenir me réservait. La découverte que nous n'étions pas les seuls prisonniers à bord s'imposa rapidement. D'autres, marqués par de sévères châtiments, regrettaient sans doute leur aventure. Les coups de fouet pleuvaient sur nos dos, et notre peau noire était notre seule armure.
Nous étions forcés de galvaniser cette mer, apparemment indifférente, qui nous observait à l'œuvre, sans une once de soutien. L'homme blanc de l'équipage, rarement souriant, marmonnait dans sa langue incompréhensible : "N’ont font qu’à yeu tête, ces cheins ! V’la cor un’n maodit niant, vouz vla parti a vouz gingein, de l’vâ bé douc’ment s’mouriant " ¹.
______________
¹Ils n’ont font qu’à leur tête, ces chiens ! Voilà encore un maudit fainéant
Vous voilà en plein jugeote de les voir doucement mourant.
J'écoutais ces conversations sans comprendre leurs paroles. Ils appartenaient à quelle nation ? Pourquoi nous avaient-ils capturés, et quel rôle nous étaient-ils destinés ? Toutes ces interrogations tourbillonnaient dans ma tête, emprisonnée dans cette geôle flottante. Les coups de fouet ne s'arrêtaient jamais, pleuvant sur nos peaux nues, et la peur d'être châtiés nous poussait à ramer avec une détermination contenue.
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Nous ramions jusqu'à l'épuisement, le vent marin caressant nos vies, notre désir insatiable d'une pause bien méritée. Même lorsque le vent sifflait à travers les grandes voiles, nous redoublions d'efforts, cherchant à le satisfaire, à le retenir dans nos mains calleuses, priant pour gagner sa confiance. Nos geôliers, tout en nous libérant des chaînes de rames, nous enchaînaient aux tâches ardues de nettoyage des ponts et des lames, une trêve sans pitié.
Nous déversions nos déjections dans la mer, grattant les barils souillés par la projection, espérant éviter les coups de fouet qui pleuvaient impitoyablement si nous ne dansions pas au rythme de leurs ordres. La fatigue s'emparait de nos corps, épuisant nos airs de fête. La nuit, venteuse et sombre, nous descendions tous, macabres et affamés, prêts à chuter comme des arbres fatigués. Notre maigre pitance consistait en un peu de riz et d'eau, cependant le seul réconfort dans notre détresse. Les vents, approuvés par Dii, nous offraient un semblant de soulagement, et pour cela, nous le remercions, car sans lui, nous retournions inlassablement aux rames.
Je ne saurais dire que j'appréciais cette passion pour le drame qui s'emparait de nos geôliers. L'un d'entre eux, cruel et sans cœur, nous enfermait dans les entrailles du bateau, un de mes compagnons et moi-même, clos dans un espace exigu. Nous devions nous asseoir l'un à côté de l'autre, dormir enchaînés, sans un mot, sans même l'envie de verser des larmes. Je cachais mes pleurs, ma foi devenant mon arme. Je priais Dii avec ferveur pour qu'il libère nos vies, qu'il observe nos corps meurtris par cette existence. Je désirais croire en l'espoir que la prière puisse nous pardonner.
Finalement, la fatigue m'a emporté dans un sommeil profond, me ramenant à ma vie passée en terre africaine, où il était si doux de vivre. Je choisis de croire en Dieu, acceptant sa main châtiant et faisant mes adieux au passé. Enfermé dans l'obscurité de la nuit, je cherchais la lumière douce qui pouvait dissimuler l'ombre de mes tourments, une lumière à laquelle je désirais m'agripper.
" Ô, j’acceptais ma punition qui fut donner à notre peuple dont la force des munitions, leur donnent droit aux repeuples. Devais-je donner mon esprit à ces infâmes hommes de race ? Ils agissaient par mépris et nous considéraient de sous-race. Capturés, qu’allaient-ils faire de nous et où nous conduiraient-ils ? Ô mon Dieu, écoutez nous, mon destin c’est vous ainsi soit-il."
Un rayon de soleil vint troubler mes rêves, m'extirpant doucement de mon sommeil, brisant la brièveté du silence qui enveloppait notre journée. La mer, telle une habitude immuable, se noyait dans ses propres brasiers, illuminant notre nuit muette de ses rayons de soleil bleutés. L'odeur de la nuit, mélange de sel et d'urine, se mêlait aux murmures étouffés de notre journée sourde. Puis, soudain, un bruit, tel le grincement d'une chaîne, déchira l'air, suivi d'un cri perçant. Des canots glissaient silencieusement sur les chaînes, vibrant le bois du bateau, insufflant une frénésie d'oxygène qui semblait nous ranimer. Le clapotis de l'eau se fit entendre, puis le silence, maître incontesté de nos âmes.
Ce jour-là, ils nous oublièrent, privant nos yeux fatigués de la lumière bienvenue. Les chaînes qui enserraient nos ventres creux, nos pensées fières, ne furent pas retirées. Mon ultime espoir s'amenuisait, la mort approchait comme une vieille amie. Certains criaient de peur, mais nul ne répondait, craignant une révolte sanglante. Nos plaintes semblaient se perdre dans l'obscurité, comme les cris d'un vaisseau fantôme, imprégné de l'odeur de l'urine et des rats, nous laissant désillusionnés, sans foi en l'humanité.
Puis, mon espoir fut soudain exaucé par un chant empli de souffrance, qui apaisa la détresse de nos cœurs, tel un cri de défi vibrant dans l'air.
Cette mélodie guerrière éloigna la peur, offrant une offrande de résistance à nos colères intérieures. Au bout de nos tourments, le bruit des chaînes retentit, des grincements au loin qui mettaient fin à notre peine. Subitement, un souffle de vie traversa nos membres endoloris, nous forçant à l'entraide pour sortir de notre cachette, guidés par Dii. Nous aspirions à la mort, comme un ultime soulagement, rendant nos corps victimes à la mer. Liberté, cette fois, allait-elle enfin se déclarer en notre faveur ? Soudain, sur le pont, de nouveaux visages surgirent, issus d'une tribu venant des vastes terres, surgissant comme une offrande inattendue. Quelques-uns parmi eux se jetèrent spontanément dans les eaux tumultueuses pour échapper à leur sort tragique. Des détonations retentirent, frappant l'un après l'autre jusqu'à ce que la mort s'ensuive inexorablement. Les larmes coulèrent instinctivement, mêlées à des flots de colère. Cet événement demeurerait à jamais gravé dans nos mémoires. Ainsi, ma haine s'enflamma d'une fureur ardente.
Vers le grand large
La même nuit, nous dérivions au milieu de l'océan, condamnés à une existence à peine digne d'être vécue. Nous étions tous pétrifiés par nos peines, nous exécutant servilement dans nos tâches assignées. Je contemplais ce peuple qui pareillement à nous mais aux cheveux lisses était devenu tout autant prisonnier que nous. Comment avaient-ils pu nous priver de notre liberté au nom de leur alliance barbare ? Ils nous offraient un repas, un geste de solidarité pour la survie. Cependant, dans nos assiettes, nous découvrions des os décharnés, et la faim s'emparait de nos corps meurtris.
Cela me fit réfléchir à la cruauté et à la complexité de la condition humaine. Comment pouvions-nous, en tant qu'êtres humains, être à la fois victimes et bourreaux, capables d'opprimer nos semblables au nom de la survie ? Cette nuit-là, au milieu des ténèbres de l'océan, je méditais sur les paradoxes de notre existence, où la compassion pouvait côtoyer la cruauté, et où la survie elle-même nous poussait à commettre des actes inhumains.
Sur nos peaux martyrisées, marquées par les stigmates écarlates infligés par le cruel fouet, nos âmes endolories se levaient en révolte, maudissant le tyran insensible. Cependant, au fil des jours, je m'efforçais de m'habituer à notre sort, de cultiver ma fierté d'homme, et de noyer ma pensée tourmentée dans un baume imaginaire. La routine du labeur me permettait d'oublier les torts de nos geôliers. Puis, une nuit, une pluie torrentielle s'abattit sur nous, accompagnée d'un vent furieux qui nous empêcha de sortir sur le pont. Le navire, pris de court, commença à prendre l'eau rapidement, nous contraignant à rester confinés dans notre misérable couche, désormais inondée. Le vent hurlait avec une intensité dévorante, martelant nos têtes endolories contre les planches du lit, provoquant des douleurs lancinantes. Soudain, dans le tumulte de la tempête, un fracas assourdissant se fit entendre. Notre monde se renversa, englouti par la peur et l'incertitude. En cet instant, je me mis à penser au Dii du ciel, me demandant s'il nous infligeait ces épreuves pour nous rappeler notre vulnérabilité et nos limites dans cette immensité océanique impitoyable. C'était comme si la nature elle-même se dressait contre notre orgueil, nous rappelant notre humble place dans l'univers.
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Le temps s'assombrissait, et le ciel nocturne se confondait avec la mer en furie, plongeant tout dans une obscurité insondable. Cette nuit était entièrement enveloppée de ténèbres, effaçant la notion du temps par la densité de son ombre. Nos esprits se tournèrent instinctivement vers la mort, une entité sans nombre, tandis que l'océan déchaîné engloutissait nos souvenirs les plus chers. Le temps semblait s'assombrir encore davantage, si bien que nous discernions à peine le firmament noir luttant pour sa place jusqu'au petit matin, bercé par une mer salée qui remplissait la cale de notre bateau. Tels étaient nos sorts, notre destinée scellée par le mouvement implacable de l'océan. Puis, un éclair surgit soudain, illuminant un instant les flots. Sous la cale du navire, nous étions enchaînés à nos peurs, consumés par la crainte des maux. Malgré la conciliation de mes mots, je rêvais encore de cette nuit à moitié close, où la foudre fracassa ma nuit, tandis que mes paupières oscillaient entre le sommeil et la veille.
Au petit matin, la mer s'apaisa lentement. Il me sembla, sous les doux assauts de la pluie, être l'élu de Dii, choisi pour être son hôte. D'une nuit agitée à un calme retrouvé, la tempête avait finalement cédé la place à la sérénité. Les alizés nous poussaient en avant, propulsant le bateau sur les vagues. Ils nous forcèrent à ramer en raison d'un mât endommagé, mais les vents persistants nous donnaient la force de continuer. Nous ne pouvions échanger de mots, car la menace des fouets planait toujours. Les coups s'abattirent sur nos dos épuisés, et la douleur nous fit gémir. Cependant, Dii nous gratifia d'une brise légère, nous permettant de reprendre un rythme de rame normal. Les voiles se hissèrent aux mâts restaurés, nous laissant simplement exécuter notre tâche de flottille. Nos efforts acharnés étaient récompensés, mais l'océan restait en colère, nous secouant dans un balancement hypnotique. La chaleur devenait étouffante, nos poignets étaient ligotés, mais au moins la soif nous épargnait. La mer, elle, se réveillait, de grandes vagues nous balançaient violemment, comme dans une danse endiablée au sein de la cale qui nous écorchait.
La mer finit par se calmer, et dans le ciel, une forme se dessina. Des oiseaux blancs, aux formes gracieuses, approchaient de notre navire. Ils poussèrent des cris perçants, et l'équipage, tournant les yeux vers l'horizon, laissait éclater sa joie. Une terre en vue suscitait l'allégresse, et les marins chantaient des louanges avec une ferveur grandissante.
Une terre destinée en pré-joie.
La joie de ces hommes à la vue de cette terre inconnue fut immense. Rien n'était terminé, tout commençait à partir de ce jour-là ! Pour nous, c'était ni nuit ni jour, mais le fouet qui persisterait éternellement dans l'air. J'ai des rancunes mais peu de larmes aux yeux. Rien ne s'éteint, tout s'allume. Les oiseaux dans ce ciel lumineux ne pouvaient pas percevoir nos cris. Ces derniers étaient brutaux, empreints d'une souffrance sans répit. La solitude pesait sur mes maux, tel un cri interne insoumis. Même un tonnerre d'applaudissements ne pouvait apaiser mes peines. Ces marins étaient forts, s'extasiant aux bruits, mais ils ignoraient nos douleurs.
Descendant lentement les poulies, ils se préparaient à accoster, à atteindre le rivage de cette terre inconnue où se dessinaient des silhouettes étrangères. Contemplant ce rivage, étrange à souhait, je me noyais dans une mer de questions, dont les réponses se refusaient à la louange. Ils nous intimaient l'ordre de mettre le navire en veille, de replier les voiles avec la plus grande minutie, le moindre pli devenant crucial. Un grand marin tout blanc vêtu venait avec une ultime envie de nous déshabiller. Il palpait nos corps jusqu’à l’intime. Il me priait d’ouvrir ma bouche. Tenu par un marin j’obéissais et j’ouvrais ma bouche. La peur me fit serin. Leurs blancs poignets écrasaient nos pauvres corps sombrant aux paniques. Libérant les poils de nos têtes, ils nous lavaient à l’eau de mer. En nous donnant à zétète¹, nous enduisaient de goût amer et nous donnaient même des tissus blancs propres afin de mieux paraître à leurs yeux. Ils nous obligeaient à les remercier parce qu’ils se croyaient d’être nos maîtres. Ils abaissaient les barques avec un grincement de chaînes à l'avant, mais cette descente fut tout sauf une arrivée triomphante, car les coups de fouet s'abattaient impitoyablement. Certains, à la vue de la terre, cherchaient à s'enfuir, mais furent stoppés par des détonations. Nous pensions encore à notre liberté, bien qu'enchaînée, mais elle fut éphémère. Liés les uns aux autres, nous restions groupés, emplis d'une appréhension commune. Les canots furent mis à l'eau, et nous descendîmes en groupe, un par un, le long de la coque, aidés par les marins. La mer se déchaînait en dessous de nous, créant une cacophonie de clapotis. J'effleurais, perdu dans mes pensées, la surface de l'océan.
Attendant, dans ce corps meurtri, l'avènement d'un monde mystérieux. Une lueur blanche semblait naître de notre besoin irrépressible de fouler une terre ferme. Malgré nos liens, je ressentais une étrange revanche envers ceux qui nous servaient de geôliers. Près de l'eau, dont la teinte se confondait avec celle du ciel clair, nous avancions à la rame vers cette terre nouvelle. Le soleil semblait se tenir en suspens, nous rappelant avec envie la terre ferme.
¹Du grec zetein « chercher »
A l’effet d’être animal
Mes bras se plongeaient dans les vagues salées de cette mer, vibrant au rythme de la houle. Avec résolution, nous débarquions sur cette terre d'incertitudes, nos chaînes tintant comme un sinistre adieu. Nos pieds, déjà meurtris, s'imprégnaient de l'eau de la digue, avançant sur un sol inconnu. Je posai le pied sur cette terre étrange, gardant en moi la peur d'être encore frappé. Soudain, un marin brutal me bouscula, m'ordonnant d'avancer. Nous progressions enchaînés, formant un cortège, les uns à la suite des autres. Les femmes furent les premières à être libérer, marchant à l'écart du groupe. Tout changeait lorsque mes pieds touchaient le sable chaud. La luminosité éblouissante du soleil me forçait à baisser les yeux. Cette terre, aux allures paradisiaques, m'effrayait par son exubérance. Les blancs nous acclamaient, manifestant un intérêt presque animal. Devant nous, une foule de visages pâles attendait, impatiente. Nous étions une curiosité pour eux, scrutés de la tête aux pieds.
Nous débarquions dans un monde inconnu, régi par les hommes blancs qui nous observaient de près, formant un cercle autour de nous comme si nous étions des créatures inédites. Les maillons de nos chaînes résonnaient à chaque pas, notre marche résonnant comme une litanie funèbre. Les chaînes nous retenaient, nous empêchant de regagner la mer. Elles nous cinglaient, ajoutant à notre douleur déjà cuisante. Guidés par nos geôliers, nous marchions vers le devant de cette assemblée, dans un monde où le patriarcat régnait en maître, nous plaçant en première ligne, par simple signe de notre vulnérabilité face à ce peuple étranger.
Nos corps vendus, ô infâme !
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Nos corps étaient vendus, ô infâme à ma colère de brandir ! Devant nous ces hommes et femmes qui nous toisaient à gaudir. Tous octroyaient à une heurte à ceux qui auraient crier le plus fort serait celui qui s’aheurtait aux sentiments par efforts. Puis nous devions suivre des hommes et femmes qui étaient laiteux. Ils nous ont choisis, à nous survivre à l’idée de croire aux adieux.
Je ne tairais jamais, pour ceux qui sont liés à l’Afrique, n’excluant pas l’amour que j’ai pour mon pays. Peur d’abandonnique et si les hommes blancs n’étiez jamais venu à Zanzibar, l’Afrique aurait conservé sa liberté, est-ce trop tard ? Meut par lente enchaînement, mon corps vendu par un maître. Pareil qu’un animal, j’en démens pas que j’étais dans leur charrette. Escortés par ceux du bateau, nous délogions cette place. A l’éloignement des bedeaux, nous traînions ainsi nos masses.
Fin de la première partie
Atelier Paul Clodel Réunion: Exposition virtuelle -Destock'Arts Association Paul Clodel - APC-
Atelier Paul Clodel : Destock'Arts
Cotation de l'artiste: 50 € le point
(Exemple: 15 P (Fou M) à 50 € le point soit (15x50 = 750€)
Vente exclusivement à l'Île de la Réunion
http://asspaulclodel.canalblog.com/archives/2013/12/06/28597221.html
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